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[Suite à une collaboration avec un groupe de musiciens iraniens pour le ballet Golestan, Maurice Béjart est présenté à Ostad Elahi]
« Je me suis trouvé en présence d’un personnage qui est, à mon avis, le plus grand musicien que j’ai rencontré de ma vie. [...] la musique était son langage : par cette musique, j’ai reçu un enseignement. Ensuite il m’a dit la même chose que mon père : toutes les religions se valent, il faut en adopter une, c’est un chemin à condition qu’on sache que ce chemin n’est pas supérieur aux autres. Alors j’ai décidé de prendre son chemin à lui : c’est quelqu’un dont la pensée me guidait, et qui continue à me guider. C’est donc une rencontre personnelle et une rencontre musicale. D’ailleurs ce maître ne parlait pas le français et nous n’avons communiqué que par la musique. » (Extrait d’une interview de Maurice Béjart parue dans la revue Danser en avril 1983)
«Q- Vous dites à propos d’Ostad Elahi que c’est par la musique vous avez compris, et non par les mots. Pourriez-vous nous dire ce que vous avez compris ?
M.B.- Non, parce que je ne pourrais pas non plus le dire avec les mots. Il ne parlait pas le français, je ne parlais pas le persan. Il a joué de la musique, mais je ne peux pas dire avec des mots ce que j’ai vécu et ressenti, cela avait été un très grand changement dans ma vie, dans mon existence et dans ma pensée.
Q- Vous l’avez connu de son vivant, est-ce que vous pouvez me parler de qui il était, de sa personnalité, de sa présence… ?
M.B.- Profondément je ne sais pas quoi vous dire. Ce que je peux vous dire et que j’ai raconté dans un de mes livres est qu’il m’a dit : « si vous avez besoin de moi, nous serons toujours en contact. Posez-moi une question sur n’importe quel sujet, je vous répondrai. » Quelques années plus tard, j’ai été contacté pour faire pour le Mef Musical Florentin un ballet sur les triomphes de Pétrarque. Mais le mot triomphe ne me plaisait pas, je connaissais assez mal Pétrarque et à vrai dire je n’avais pas envie de le faire. Je devais donner la réponse pour le soir. Je suis allé m’asseoir au jardin du Luxembourg et mentalement j’ai posé la question à mon Maître en lui demandant : « Est-ce que je dois faire le ballet sur le triomphe de Pétrarque, parce que je ne me sens pas du tout le faire. Que dois-je faire ? » Et puis je suis resté là. Tout d’un coup, un ami est passé que je n’avais pas vu depuis très longtemps et il m’a proposé d’aller au musée Gustave Moreau. C’est un musée que j’aime beaucoup, j’ai même tourné pour la télé un reportage sur Gustave Moreau et je connaissais très bien le conservateur. Je lui dis : « allons-y. » On arrive au musée de Gustave Moreau. Le conservateur me dit : « Il y a longtemps que je ne vous ai pas vu, tenez, j’ai une surprise pour vous, il y a un tableau qui était depuis longtemps en restauration, qui n’a pas été exposé depuis très très longtemps, il vient de rentrer au musée, il faut que vous le voyiez, montez avec moi… » Alors on monte au premier étage et il me dit : « regardez, ce sont les triomphes de Pétrarque. » [Extrait d’une interview de Maurice Béjart réalisée à l’occasion du centenaire d’Ostad Elahi en 1995]
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